• MAIS OU VA MARINE LE PEN ?

      MAIS OU VA MARINE LE PEN ?

      Dans une lettre ouverte, qu’elle vient de publier, Marine Le Pen vole au secours de la 5ème République, ne craignant pas de prendre à revers le mouvement des Gilets-jaunes, qui rêve lui de refaire la République,

      « Certes, écrit-elle, si le droit de critiquer nos institutions relève de la démocratie, la remise en cause de nos institutions y compris avec une prétendue 6ème République me parait totalement mal venu ».

      Mais Marine, lui dis-je, à quoi donc nous servirait-il de critiquer « nos » institutions si on ne peut pas en changer.

      La conception que Madame Le Pen affiche ici de la démocratie, me parait bien formelle. Ne relève-t-elle pas de la même logique qui anime les dirigeants actuels : « parle toujours tu m’intéresse. » ou « on discute de tout, on change rien. »

      Les Gilets jaunes scandent par centaines de milles et à gorges-déployées : « Macron t’es foutu les gaulois sont dans la rue ! » « Macron démission ! », « Macron destitution ! » ou encore « Macron dégage ! ». Or chacun imagine fort bien que dans cette 5ème République, dont le Président constitue la clé de voûte, le renversement de celui-ci ne peut aller sans l’effondrement de tout l’édifice institutionnel. Ecrire dans ce contexte, comme le fait Madame Le Pen, qu’il faut préserver « nos institutions » c’est dire, assez clairement, qu’il faut cesser de revendiquer le départ anticipé du Président, c’est prendre le contre-pied du sentiment général et de la volonté des Gilets-jaunes.

      Et dire qu’il y a des journalistes, responsables politiques syndicaux et gouvernementaux qui affirment mordicus que « les gilets-jaunes » ne sont qu’une émanation du R.N.

      Il semblerait que Madame Le Pen, mais elle n’est pas la seule, foin de la destitution d’Emmanuel Macron, s’accommoderait d’une simple dissolution de l’Assemblée-Nationale et de l’élection d’une nouvelle avec une forte dose de proportionnelle. Cette solution, entièrement dans l’esprit de la 5ème République, permettrait à la fois à Emmanuel Macron de sortir de la crise par le haut, de terminer son mandat, et au RN de s’imposer comme première force parlementaire, préparant ainsi un peu plus les conditions de sa possible victoire au Présidentielles de 2022.

      Cela nous conduit à nous interroger. L’intérêt que Marine Le Pen porte au mouvement des Gilets Jaunes se limiterait-il à l’opportunité qu’elle y entrevoie de devenir Calife à la place du Calife » ?

      Certes il n’est pas impossible que cela fonctionne. Mais il n’est pas impossible non plus que cela foire totalement.

      D’abord parce que nous sommes en 2018 et que d’ici à 2022 pas mal d’eau « aura coulé encore sous le pont Mirabeau ». Vous avez constatez comme moi combien l’eau de l’Histoire coule vite ses dernières années. Je n’en prendrai qu’un exemple d’actualité brûlante, l’ascension vertigineuse du « petit Macron » jusqu’au Parthénon, et sa « marche » non moins rapide vers la roche Tarpéienne. Quel sera l’état de l’opinion en 2022, le R.N. ne risque-t-il pas de s’exposer d’ici là à un désamour aussi vaste que l’engouement qui le porte présentement ?

      Ensuite parce que, nous sommes en 2018, quand le mouvement des « Gilets-jaunes » se réveille et qu’un peuple, silencieux jusque-là, hurle ses souffrances et sa colère. Or le plus patient des peuples quand il s’éveille et prend enfin la parole, devient tout à coup pressant et irritable. La révolte des « Gilets-Jaunes » ne veut pas que des baisses des taxes-carburants et le relèvement du SMIC, elle veut aussi « ici et maintenant » un profond changement de société, économique et politique. Un nouveau partage des richesses, de nouvelles institutions démocratiques et la révocabilité des élus. Sera-telle disposée à attendre 2022, dans l’espérance d’un changement hypothétique ?

      Enfin et surtout parce que le mouvement des Gilets jaunes pourrait, à la lumière des dernières prises de position de Marine Le Pen s’estimer trahit par le R.N. aussi, et mettre très vite la dirigeante du « Rassemblement National » au nombre de ces dirigeants politiques qu’il honnit.

      Tout va dépendre de la semaine qui vient. La réaction de Macron à l’acte 4 de la mobilisation des « Gilets-jaunes, Les suites du mouvement. Si celui-ci se poursuit et monte encore en puissance et en détermination et projette un 5ème acte le Week-end prochain, alors Madame Le Pen prenant conscience du danger de se faire éjecter, voire écraser, par le rouleau compresseur de l’Histoire en marche, pourrait peut-être se raviser et exiger à son tour la destitution d’Emmanuel Macron, seul véritable obstacle au rétablissement de l’ordre public.

      Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Dimanche 9 décembre 2018.

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