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Patrick Seignon
21/03/2012, 22h16
Vendredi 13 Janvier 2012.

« LE FAILLITAIRE »

SONDAGES, INTERPRETATIONS
Cela faisait plusieurs jours qu’ils tentaient de nous enfumer avec cette remarque simple : « l’écart se resserre entre Sarkozy et Hollande ». Ce qui de prime abord semblait suggérer que la posture du « président sortant » tendait à s’améliorer et que sa côte remontait. Ce n’était pas le cas. Si les ciseaux se resserraient entre les « Deux candidats du système », c’est que la côte de François Hollande s’érodait et Sarkozy n’en tirait en vérité aucun profit. Malgré la faiblesse des intentions de vote sur son nom à cent jours du scrutin, il continuait au contraire à perdre inexorablement du terrain. Ils avaient tenté d’accréditer il y a cinq jours 26 %, il se révéla bien vite que ça n’était que 24,5, mercredi 11 et 23,5 % jeudi 12. Cette descente dans les sondages, que les instituts s’efforcent pourtant de minimiser, est de bien mauvais augure pour « l’agité » qui tête, en vain, à toutes les mamelles.
Trois candidats profitent de cette érosion jumelée des champions de « l’alternance bipolaire », ce sont, Marine Le Pen qui talonne Sarko, à 21,5 %, Jean-Luc Mélenchon, et François Bayrou qui flirte dès lors avec les 13 %. On le voit, on est bien loin de l’impression que les commentateurs de l’actualité voulaient nous communiquer comme étant le caractère marquant de la réalité.

ET PRONOSTICS
La vérité est que Sarkozy est l’objet à présent d’un rejet épidermique de l’opinion. Il n’est véritablement pas le bon cheval de la droite classique pour gagner les prochaines élections présidentielles. Une partie de son électorat potentiel, à défaut de pouvoir se porter sur, de Villepin encore marginaliser ou Juppé qui parait ne pas vouloir se déclarer, se porte donc sur Bayrou. Si dans les deux semaines qui viennent, de Villepin ne parvient pas à sortir de sa marginalité en montant à 7/8 %, ou que Juppé s’obstine à rester dans l’ombre de Sarkozy, alors Bayrou passera la barre des 15 % d’intentions de vote et une alchimie se produira qui le propulsera comme vainqueur potentiel du premier tour. Les rats quitteront en catastrophe le char du cheval perdant et se porteront sur Bayrou afin d’assurer leur propre réélection. Déjà des frémissements laissent entrevoir cette évolution si prochaine. Alors, de Villepin et Juppé se seront fait souffler l’aubaine. Ils comprendront que le créneau existait, mais il sera un peu tard à eux, pour pouvoir revenir dans la course.
Le rejet dont souffre Sarkozy tient en tout premier lieu à sa personne, mais pas seulement. Il a une part également, au scepticisme qui s’empare du corps électoral à propos du système de « l’alternance ». Et à ce titre Hollande est également atteint. Les électeurs se rendent compte en effet que les deux candidats du système, « c’est « blanc bonnet et bonnet blanc ». C’est une des raisons qui nourrit la tendance perceptible à porter les suffrages sur des candidats « anti, ou pour le moins hors système ». Ainsi, Bayrou qui se veut au centre et dénonce depuis plus d’un lustre le bouclage de la politique française par les partis de l’alternance, qui au demeurant apparait « propre » et crédible, avec la stature d’un homme d’État, est-il le premier bénéficiaire de cette tendance à l’œuvre. Marine Le Pen, héritière du « Front national» qui se pose lui depuis sa création comme parti « antisystème », est bien naturellement la seconde bénéficiaire de la même tendance.
Non, l’hypothèse n’est pas idiote, d’un deuxième tour François Bayrou Marine Le Pen.

LA FAILLITE ANNONCÉE D’UN HOMME POLITIQUE
Si elle se réalisait, cette figure de l’histoire électorale de notre pays marquerait en ce cas la faillite, au-delà même de l’imaginable, du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Celui-ci, en effet, avait bénéficié en 2007, du syndrome de 2002. L’électorat qui ne voulait pas que se reproduise la figure d’un deuxième tour Chirac Le Pen, excluant le candidat « naturel » de la gauche du système, s’était mobilisé massivement et s’était porté préférentiellement sur les deux candidats de l’alternance, réduisant cruellement l’espace vital des petits candidats. Vainqueurs de l’élection,- le vainqueur a toujours raison - Sarkozy apparaissait, comme celui qui avait « tué » le FN, mais aussi comme celui qui avait réconcilié les Français avec le « système de l’alternance » et consacré la victoire définitive du bipartisme dans notre pays. C’est tout cela que le résultat du premier tour des présidentielles de 2012 risque d’invalider. Le Quinquennat de Nicolas Sarkozy resterait dès lors dans l’histoire, comme celui qui a ressuscité et propulsé le FN comme deuxième parti du paysage politique français, qui a mis à mal le système de l’alternance et déstabilisé le fonctionnement des institutions de la 5ème République.
Nota bene - du samedi 14 janvier 2011.
Cet article écrit vendredi 13 ne relatait pas la dégradation de la note triple A de la France, qui vaut si bien à Nicolas Sarkozy le sobriquet de « faillitaire ». Je suis donc fort satisfait, après coup, de cette trouvaille judicieuse. Chacun comprendra que la survenance de cet évènement ne peut qu’accroître les tendances que nous avons caractérisées. Dans les jours qui viennent, c’est la côte de Sarkozy qui va se dégrader de plusieurs points, passant probablement sous la barre des vingt pour cent
P.S.